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[ 30/10/2007 ]
Pour une écologie décomplexée
Au lendemain d’une élection présidentielle catastrophique (le plus bas score enregistré par l’écologie depuis René Dumont et l’élection triomphale de Sarkozy), certains se sont cru autorisés à enterrer l’écologie politique. Quelques ripolinages des politiques publiques et quelques effets d’annonce mis en scène dans un Grenelle surmédiatisé suffiraient à marginaliser une bonne fois pour toutes ces empêcheurs de polluer en rond, ces éternels cassandre, ces opposants déterminés aux vaches sacrées du productivisme, dont les heures glorieuses appartiennent pourtant largement au passé.
Certains de nos amis - de bonne foi pour une part ; pour des enjeux bien personnels dans un sordide Mercato électoral pour la plupart - ont d’ailleurs accrédité ce sentiment en jetant le bébé avec l’eau du bain, tournant ainsi le dos aux convictions qu’on leur croyait chevillées au corps, qui pour rejoindre le PS, qui pour s’illusionner à croire qu’il pourrait attraper le gouvernail d’un bateau ivre nommé MODEM, dont le projet balbutiant se révèle, chaque fois qu’il s’exprime, notamment par ses élus locaux, comme une soupe tiédasse dont l’écologie est purement et simplement absente.
Pourtant, j’en suis convaincu, l’heure n’est ni aux lamentations, ni aux renoncements. Certes nos résultats nationaux ne sont guère brillants, mais trois constats doivent nous permettre de tirer de cette défaite des orientations cruciales pour rebondir dans les 8 mois qui viennent.
- Les enjeux de l’écologie sont aujourd’hui omniprésents, et l’ampleur de la crise n’est plus contestée que de façon marginale. Paradoxalement, ce qui aurait dû être notre succès, un début de majorité culturelle sur les alarmes que nous tirons depuis des décennies, s’est révélé notre pire ennemi, tant nous sommes restés tétanisés face à cette nouvelle donne. Oui, le temps est fini où nous alertions dans le vide, et où il nous suffisait de dénoncer la cécité de nos adversaires. Le temps est venu où nous devons convaincre non seulement de la justesse de nos analyses, mais surtout de la nécessité de passer du diagnostic aux remèdes. C’est là que l’écologie reste fondamentalement clivante vis-à-vis des autres formations. Cette question se pose d’ailleurs à l’ensemble du monde de l’écologie, politique mais aussi associative, qui doit veiller à éviter tant de se dissoudre que de se déchirer dans les habiletés tactiques du Président de la République. L’ampleur des désastres encourus par nos sociétés, les conséquences dramatiques qu’ils induiraient pour les plus fragiles, ne permettent ni de jouer la politique du pire, ni de se contenter de demi-mesures. C’est ce que nous devrons mettre en évidence, notamment à l’occasion du rdv médiatique que constitue le Grenelle : la question n’est pas tant de savoir si on peut faire de l’écologie sans les écologistes, que de mettre en évidence qu’on ne pourra faire de l’écologie qu’en s’attaquant à des grilles de lecture dépassées, à des lobbies surpuissants, à des résistances multiformes. Toutes avancées, individuelles ou collectives, sont bonnes à prendre, et nous devrons les soutenir. Mais nous devons être ceux qui montrent qu’on ne pourra pas faire d’écologie sans changements profonds, sans la révision des dogmes de la croissance productiviste, sans vision globale et planétaire.
- Il ne suffit pas, pour autant, d’avoir les bonnes analyses et les bonnes propositions (ce sur quoi il nous reste encore beaucoup à démontrer). Il faut aussi être crédibles pour les porter. L’échec des élections nationales ne peut incomber aux seules campagnes, même si l’incapacité à montrer combien l’écologie est clivante nous a lourdement pénalisé. Notre absence de crédibilité, nous l’avons longuement et patiemment construite à force de conflits internes, de désignations controversées de nos candidats, d’enjeux de Congrès illisibles, d’incapacité à fidéliser adhérents, sympathisants et même élus, à tisser des relations solides avec les partenaires associatifs, syndicaux, artistes, intellectuels, etc. La bonne nouvelle est que ce constat semble aujourd’hui unanimement partagé au sein des Verts. Reste, là aussi, à passer du diagnostic aux remèdes. Ces journées d’été peuvent être l’occasion de franchir une étape cruciale dans la rénovation de notre parti, pour peu que nous sachions – à l’image de notre action dans la société – concilier ambition de long terme et avancées par étapes. Le débat mérite certes d’être mené à la fois sur les structures, le programme, la stratégie, voire les alliances. Mais il est peu probable qu’un « grand soir » de l’écologie politique nous permette de tout résoudre d’un coup. Programmer dès maintenant pour la fin de l’année une refonte de nos structures, tout en ouvrant simultanément les autres chantiers, c’est sans doute la meilleure façon d’engranger de premières avancées, d’ouvrir des débats indispensables pour notre avenir, et d’adresser un signal à l’opinion publique qu’enfin Les Verts ont entendu le message et se dotent du parti indispensable aux enjeux du 21ème siècle.
- Il y a d’autant plus urgence, que Les Verts affronteront une échéance déterminante pour leur avenir au printemps prochain. Les élections municipales constituent l’élection structurante par excellence de l’écologie politique.Le mandat municipal qui s’achève sera celui au cours duquel Les Verts auront de loin le plus démontré leur capacité d’action pour modifier les politiques publiques. Dans de nombreuses villes, grandes, moyennes et petites, des éluEs VertEs sont en responsabilité et agissent au quotidien, dans des coalitions pas toujours faciles à vivre au quotidien,, pour mettre en œuvre nos orientations. Et ils obtiennent des résultats extrêmement tangibles. Il n’est d’ailleurs pas étonnant, même si c’est à double tranchant, que l’opinion publique crédite beaucoup plus notre parti pour son action locale que pour ses positions nationales. C’est là que la différence entre l’écologie du seul verbe et l’écologie de l’action est la plus visible. C’est là que Les Verts démontrent que la radicalité est compatible avec l’efficacité. C’est là que nous construisons non seulement une ville nouvelle, mais aussi une société plus écologique, un parti Vert plus crédible. C’est là que « l’utilité » du vote Vert est la plus prégnante. Ce rendez-vous est donc crucial pour notre avenir. Il importe que notre organisation politique et notre communication nationale constituent non pas un boulet mais un atout pour ces campagnes.
Et il est pour le moins étonnant qu’aucune des plénières de ces Journées d’Eté n’y soit consacrée. Loin d’être moribonde, l’écologie politique possède, j’en suis convaincu, les atouts pour rebondir et faire de l’année 2008 celle de notre renouveau. Comme le montre le débat sur le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France (Sdrif) auquel le gouvernement, Sarkozy en tête, s’attaque frontalement, il n’y a aujourd’hui que deux visions de l’avenir de notre société : la vision ultra-libérale, « décomplexée », qui truste tous les leviers de l’Etat, d’une part, et celle de l’écologie d’autre part. Affirmons donc une écologie d’autant plus décomplexée, fière de ses propositions et de l‘action de ses éluEs et militantEs, que jamais autant qu’aujourd’hui les faits ont donné raison à nos convictions.