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La vidéo-surveillance: un choix politique

La ville de Strasbourg accueille les 13 et 14 novembre les 2e Assises nationales de la vidéosurveillance urbaine. Cet événement, étonnamment peu médiatisé, rassemblera au Palais des Congrès les élus des collectivités adeptes de ces technologies et les prestataires de services du secteur. Ces braves gens y discuteront en toute tranquillité de thèmes passionnants tels que « la convergence des technologies du futur par l'aide à la gestion des situations complexes », « l'acceptation de la vidéosurveillance par l'opinion publique », « les villes de moins de 50 000 habitants, un nouveau marché pour la vidéosurveillance : comment le susciter et le développer »... Un an après Nice, Strasbourg accueille l'événement, confirmant ainsi la volonté de l'actuelle municipalité de faire de Strasbourg une ville modèle dans le domaine : pour rassurer les populations, le choix s'est porté sur une implantation massive de caméras et d'une technologie qui soulève d'importantes interrogations politiques. D'autres choix sont possibles, des villes telles que Lille, sans vidéosurveillance, le montrent bien.

Le tandem a fait de la sécurité un cheval de bataille lors de l'élection municipale de 2001 : sus au laxisme, tolérance zéro et retour à l'ordre. Alors que le gouvernement de droite arrivé au pouvoir en 2002 supprime la police de proximité, en place à Strasbourg dès 1999 à la demande de la municipalité socialiste, le tandem fait venir à plusieurs reprises le ministre de l'intérieur Sarkozy et investit massivement... dans les caméras de rue.

Déjà en place dans l'ensemble des trams et 60% des bus avant 2001 (près de 1,8 million d'euros investis), la vidéosurveillance connaît son véritable envol en 2003 : le conseil de CUS engage un programme lourd de 8 millions d'euros, avec pour première phase la mise en place d'un dispositif de caméras sur les espaces publics du centre ville de Strasbourg, de la Meinau et de la ville de Hoenheim, ainsi que la création d'un centre de supervision vidéo. En 2005, c'est l'extension aux quartiers de la Gare et de l'Elsau, au secteur Hoenheim/Bischheim/Schiltigheim (le Marais), à la cité de l'Ill et à Hautepierre, soit environ cinquante caméras supplémentaires. Enfin, la dernière extension du réseau pour l'Esplanade, Lingolsheim.. est votée en juin 2007. Aujourd'hui, ce sont donc déjà plus de 210 caméras et une équipe de 25 personnes qui surveillent les habitants 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Les frais de fonctionnement s'élèvent à plus d'un million d'euros chaque année.

...liberticide, incohérent et onéreux !

L'efficacité de la vidéosurveillance en matière de lutte contre la délinquance est largement controversée, car la vidéosurveillance ne prévient pas la violence mais paradoxalement, elle la cache en la déplaçant. De plus se pose évidemment la question de la préservation des libertés individuelles et publiques : chacun devient un suspect potentiel sous la caméra, la marginalité et l'originalité sont exacerbées... et la « normalisation » pourrait devenir la règle. Quant aux garanties nécessaires sur la bonne utilisation des images, elles sont inexistantes, puisque le comité d'éthique qui devait être mis en place dès 2003 n'existe toujours pas.

Alors que les écoles manquent d'agents, que les concierges sont en nombre insuffisant dans les cités et que les associations qui agissent sur le lien social et la médiation ont vu supprimer ou diminuer leurs subventions, la municipalité actuelle a préféré investir massivement dans la technologie. Les dispositifs spécifiques de médiation sociale et pénale, au plus près des citoyens tels que Pulsar dans les transports ou correspondants de nuit dans certains quartiers, mis en place ou soutenus avant 2001, ne sont de loin plus une priorité pour le tandem. Quant au Conseil Général compétent en matière de prévention spécialisée, il s'est distingué par des coupes budgétaires et par la réduction des équipes d'éducateurs (30% d'effectif en moins en 10 ans), en particulier lorsque Fabienne Keller était encore chargée de cette question au Conseil Général.

Il est possible de procéder différemment !

La délinquance, l'insécurité ne seront jamais réglées par une technologie, aussi performante soit-elle. Le facteur humain, trop souvent oublié aujourd'hui, reste la réponse la plus efficace et la Ville doit mener une politique ambitieuse d'éducation, de prévention, de médiation sociale et pénale en mobilisant tous les acteurs : Éducation Nationale, structures d'insertion et de formation, prévention spécialisée, bailleurs sociaux, associations. Il faut que ces partenaires dialoguent au sein d'un Contrat Local de Sécurité, partagent leurs diagnostics et élaborent des stratégies communes de lutte contre la délinquance, contre l'échec scolaire et l'exclusion sociale.

Les élus Verts de Strasbourg et de la CUS ont été les seuls élus à voter contre toutes les délibérations de conseil pour l'installation de la vidéosurveillance.


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