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30/10/2007
La ville de Strasbourg accueille les 13 et 14 novembre les 2e Assises nationales
de la vidéosurveillance urbaine. Cet événement, étonnamment
peu médiatisé, rassemblera au Palais des Congrès les élus
des collectivités adeptes de ces technologies et les prestataires de services
du secteur. Ces braves gens y discuteront en toute tranquillité de thèmes
passionnants tels que « la convergence des technologies du futur par l'aide
à la gestion des situations complexes », « l'acceptation de
la vidéosurveillance par l'opinion publique », « les villes
de moins de 50 000 habitants, un nouveau marché pour la vidéosurveillance
: comment le susciter et le développer »... Un an après
Nice, Strasbourg accueille l'événement, confirmant ainsi la
volonté de l'actuelle municipalité de faire de Strasbourg une ville
modèle dans le domaine : pour rassurer les populations, le choix s'est
porté sur une implantation massive de caméras et d'une technologie
qui soulève d'importantes interrogations politiques. D'autres choix sont
possibles, des villes telles que Lille, sans vidéosurveillance, le montrent
bien.
Le tandem a fait de la sécurité un cheval de bataille lors de l'élection
municipale de 2001 : sus au laxisme, tolérance zéro et retour à
l'ordre. Alors que le gouvernement de droite arrivé au pouvoir en
2002 supprime la police de proximité, en place à Strasbourg dès
1999 à la demande de la municipalité socialiste, le tandem fait
venir à plusieurs reprises le ministre de l'intérieur Sarkozy
et investit massivement... dans les caméras de rue.
Déjà en place dans l'ensemble des trams et 60% des bus avant
2001 (près de 1,8 million d'euros investis), la vidéosurveillance
connaît son véritable envol en 2003 : le conseil de CUS engage un
programme lourd de 8 millions d'euros, avec pour première phase la
mise en place d'un dispositif de caméras sur les espaces publics du
centre ville de Strasbourg, de la Meinau et de la ville de Hoenheim, ainsi que
la création d'un centre de supervision vidéo. En 2005, c'est
l'extension aux quartiers de la Gare et de l'Elsau, au secteur Hoenheim/Bischheim/Schiltigheim
(le Marais), à la cité de l'Ill et à Hautepierre, soit
environ cinquante caméras supplémentaires. Enfin, la dernière
extension du réseau pour l'Esplanade, Lingolsheim.. est votée
en juin 2007. Aujourd'hui, ce sont donc déjà plus de 210 caméras
et une équipe de 25 personnes qui surveillent les habitants 7 jours sur
7 et 24 heures sur 24. Les frais de fonctionnement s'élèvent
à plus d'un million d'euros chaque année.
L'efficacité de la vidéosurveillance en matière de lutte
contre la délinquance est largement controversée, car la vidéosurveillance
ne prévient pas la violence mais paradoxalement, elle la cache en la déplaçant.
De plus se pose évidemment la question de la préservation des libertés
individuelles et publiques : chacun devient un suspect potentiel sous la caméra,
la marginalité et l'originalité sont exacerbées...
et la « normalisation » pourrait devenir la règle. Quant aux
garanties nécessaires sur la bonne utilisation des images, elles sont inexistantes,
puisque le comité d'éthique qui devait être mis en place
dès 2003 n'existe toujours pas.
Alors que les écoles manquent d'agents, que les concierges sont en
nombre insuffisant dans les cités et que les associations qui agissent
sur le lien social et la médiation ont vu supprimer ou diminuer leurs subventions,
la municipalité actuelle a préféré investir massivement
dans la technologie. Les dispositifs spécifiques de médiation sociale
et pénale, au plus près des citoyens tels que Pulsar dans les transports
ou correspondants de nuit dans certains quartiers, mis en place ou soutenus avant
2001, ne sont de loin plus une priorité pour le tandem. Quant au Conseil
Général compétent en matière de prévention
spécialisée, il s'est distingué par des coupes budgétaires
et par la réduction des équipes d'éducateurs (30% d'effectif
en moins en 10 ans), en particulier lorsque Fabienne Keller était encore
chargée de cette question au Conseil Général.
La délinquance, l'insécurité ne seront jamais réglées
par une technologie, aussi performante soit-elle. Le facteur humain, trop souvent
oublié aujourd'hui, reste la réponse la plus efficace et la Ville
doit mener une politique ambitieuse d'éducation, de prévention,
de médiation sociale et pénale en mobilisant tous les acteurs :
Éducation Nationale, structures d'insertion et de formation, prévention
spécialisée, bailleurs sociaux, associations. Il faut que ces partenaires
dialoguent au sein d'un Contrat Local de Sécurité, partagent
leurs diagnostics et élaborent des stratégies communes de lutte
contre la délinquance, contre l'échec scolaire et l'exclusion
sociale.
Les élus Verts de Strasbourg et de la CUS ont été les seuls élus à voter contre toutes les délibérations de conseil pour l'installation de la vidéosurveillance.
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